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Pourquoi George Sand ?

Sélections de textes par Bertrand Schiro

Femme

« Une femme sera toujours plus artiste, plus poète dans sa vie ». 
Histoire de ma vie, George Sand

Un cliché tenace nous laisse, avec un pseudonyme ambigu, le portrait viril — en pantalons et le cigare aux lèvres — de celle que Balzac et Musset tenaient pourtant pour « la femme la plus féminine ». Tôt étouffée par le poids des traditions mais forte d’une éducation privilégiée, George Sand a choisi de ne pas subir sa vie de femme, au risque du scandale et au point de devenir, de son vivant mais un peu malgré elle, une figure admirée par les féministes du monde entier. Quoiqu’elle réduisît parfois à peu de chose la différence entre les sexes, elle revendiqua comme le propre de la femme une sensibilité supérieure aspirant à la liberté.

Passion

« J’ai un but, une tâche, disons le mot, une passion. Le métier d’écrire en est une violente et presque indestructible ». 
Lettre à J. Boucoiran. George Sand

Les nombreuses liaisons de George Sand ne sont peut-être qu’une manifestation d’un amour insatiable de la vie, qui ne faiblit pas même avec la vieillesse qu’elle sut goûter comme peu. Le jour curieuse de tout, militante, lectrice, peintre, voyageuse, botaniste, cuisinière, journaliste, marionnettiste, il lui restait la nuit pour écrire une œuvre dont la première parution complète ne comptait pas moins de cent neuf volumes… De belles pages autobiographiques montrent une sagesse détachée face aux aléas de son existence, mais elle l’aura menée avec une constante plénitude, toujours concernée.

Amitié

« La vie d’un ami, c’est la nôtre, comme la vraie vie de chacun est celle de tous ». 
Histoire de ma vie. George Sand

Dès l’enfance, marquée par la fraternité héroïque des mythes, elle s’est forgé un idéal de l’amitié, sentiment absolu qui porte à l’abnégation et au dépassement de soi. Et si l’amour l’a trop souvent déçue, son immense correspondance témoigne d’amitiés aussi profondes que fidèles. Celle qui l’unit de longues années à Flaubert est sans doute la plus exemplaire de la richesse intellectuelle de ses échanges mais aussi du dévouement total et inlassable de George Sand.

Modernité

« Tout est fête et plaisir intérieur, soyez-en certains, ô contempteurs de l’avenir, pour quiconque a foi en l’avenir ». 
Préface générale. George Sand.

En avance sur les mœurs de son époque, politiquement acquise au progressisme, adepte des esthétiques nouvelles, elle laisse l’image d’une femme audacieuse et visionnaire, d’une femme de son temps et pressée d’en hâter le cours. Même, à bien des égards, d’une femme d’aujourd’hui : dans son indépendance — critique comme matérielle —, dans son rapport au désir, dans ses choix de vie et la volonté de les accomplir en dépit des traverses, bien des femmes à présent, mais aussi bien des artistes, peuvent se reconnaître et saluer en George Sand une courageuse devancière.

Musique

« La musique dit tout ce que l’âme rêve et pressent de plus mystérieux et de plus élevé. C’est la manifestation d’un ordre d’idées et de sentiments supérieurs à ce que la parole humaine pourrait exprimer. C’est la révélation de l’infini ».
Consuelo. George Sand.

Initiée par une grand-mère familière de Gluck et de Piccini, amie fascinée de Liszt, maîtresse de Chopin et protectrice de Pauline Viardot, George Sand a toujours vécu aux côtés de musiciens. De la Prima donna à Consuelo, ses récits exaltent la musique et ses interprètes ; et l’écriture sandienne s’imprègne de musicalité dans la composition de certains romans ou les rythmes de la prose. En auditrice sensible et ouverte, l’amatrice de musique savante a aussi pris plaisir aux chants folkloriques du Berry, ou à l’harmonie naturelle de lieux choisis: la musique du quotidien, nous rapporte-t-elle, est la matière de ses premiers souvenirs d’enfance. Sand, qui reprochait à Liszt de trop lire, a placé la musique au-dessus de la littérature, comme langage de l’élévation et de l’ineffable.

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